Il existe au Canada un sport tout à fait curieux. L’engouement qu’il suscite rappellerait aux Européens celui qui existe chez nous pour le football (soccer en bon vocabulaire québécois) multiplié
par x. Vous êtes capables, vous, européens, de m’expliquer en gros comment fonctionne un match de foot. Vous pouvez me citer le nombre de joueur, le déroulement d’un match etc.. Vous pouvez même
me citer quelques noms de grands joueurs ou de grand clubs connus un peu partout ( en Europe)… A la limite, les plus au courant d’entre vous peuvent m’expliquer les différences entre la ligue 1,
la ligue 2, les équipes amateurs, les diverses compétitions existantes, ligue des champions, championnat d’Europe, du monde… blablabla…
Transposer les mêmes questions au hockey sur glace… Qui, s’il vous plaît, parmi vous mes chers amis et familles venus d’Europe, connaît l’équivalent de la plupart des éléments suscités pour le
foot dans leur version hockey ? Mis à part crosse et palet – deux mots qu’un Québécois d’ailleurs n’utilisera absolument pas – vous y connaissez quoi vous, au hockey ?
Moi, je n’y connaissais RIEN. Quand je dis RIEN, c’est RIEN. Sinon que oui, c’est LE sport ici, au Canada, au Québec. A part ça… non, rien.
Alors je me suis dit, c’est quand même fichtrement dommage, de vivre une année au Québec en passant à côté de ce morceau d’anthologie de la culture locale – autant que le foot peut être un
morceau d’anthologie de la culture française that is. Et, donc, voilà comment je me suis retrouvée un mercredi soir au Colisée Pepsi (c’est son nom) pour assister à « une game de
hockey » entre les Remparts de Québec et l’Olympique de Gatineau.
Avant d’aller plus loin, je voudrais faire une remarque : le petit québécois de poche qu’on m’a offert à mon anniversaire ne fait aucunement mention du hockey dans ses pages. Je trouve ça
honteux. Bouh le petit québécois de poche.
Ceci dit à présent, revenons à mon match de mercredi soir. Je ne vous cache pas qu’en partant, j’ignorais jusqu’au nom de l’équipe adverse – Les Olympiques de Gatineau. C’est vous dire l’ampleur
de mon ignorance sur le sujet. Et là, j’ai assisté au Match, en compagnie de quelques 11000 spectateurs – le Colisée était plein à craquer – et je me suis laissé prendre au jeu. Je me suis laissé
prendre au jeu, tant que la question du « mais comment ça fonctionne ? » est venu me déranger. C’est toujours frustrant d’assister à une rencontre sportive en se demandant «
mais pourquoi il y a un arrêt de jeu là ? » ou encore « mais c’est quoi la règle pour les changements de joueurs ? Je comprends pas, ils arrêtent pas… » ou bien «
tient, ils se tapent dessus, c’est normal ? » (Nous reviendrons sur cette subtilité du hockey nord-américain un peu plus loin, ne vous affolez pas).
Alors, comme je n’aime pas rester sur des points d’interrogations, me voilà partie à la recherche des réponses à mes questions. Et comme j’aime faire partager ce que je sais à mon entourage (et
même que c’est saoulant à force, vous avez bien raison, mais c’est plus fort que moi), vous allez tous apprendre avec moi ce que c’est que cette chose qu’on appelle « hockey » et qui
déchaîne les foules au centre Bell (lisez « stade de France version Montréal »).
Vous êtes prêts ? C’est parti.
Première période : Le Jeu !
Une des choses qu’on apprend facilement tout seul en regardant un match, c’est que le hockey sur glace, ce sont deux équipes, quasiment en armure de hockeyeurs (Et le casque avec visière, et les
épaulières, et les coudières, et les jambières, et les gants… et je ne vous parle même pas des boucliers du gardien…), qui patinent après ce qu’on appellera en Québécois une rondelle, dans
laquelle ils frappent avec un bâton, toujours en bon québécois. Et si vous arrivez à les compter à la mise en jeu, vous en trouvez cinq de chaque côté, plus un gardien dans ses petits buts.
Le but, pour chaque équipe, mettre la rondelle au fond des filets adverses, et ce en trois périodes de temps de 20 minutes (et il y a un entracte de 15 minutes entre les périodes, le temps
d’aller s’acheter un hot dog) Là, simple, facile, efficace, y’a des buts et un gardien, ça parle aux européens.
Le tout se joue, ai-je omis de le préciser, sur une patinoire. Observons la patinoire.
On ne la voit pas en entier, mais ça ira pour l’explication de base. Au milieu, vous apercevez une ligne rouge, qui sépare donc la patinoire en deux camps, on va dire pour faire simple celui des
remparts (l’équipe est en blanc), et celui de Gatineau. Là ça va, on suit.
Vous voyez deux lignes bleues : elles séparent la patinoire en trois zones, le camp des remparts, la zone « neutre » et le camp de Gatineau.
Vous voyez aussi quatre points rouges, ce sont des zones d’engagement. Il y en a huit au total sur toute la patinoire, les quatre autres ne sont pas visibles sur la photo, ce sont les deux grands
cercles devant les buts de chaque côté de la patinoire.
Bon, ça va jusqu’ici ? Bien, je poursuis.
Première subtilité : les joueurs. Les équipes sont composées en fait de bien plus que les cinq membres (+ gardien) présents sur la glace. Les changements de joueurs sont fréquents. Vous vous
demandez sûrement, « y’a une règle pour les changements ? ». Oui. Une seule. Ils doivent se faire entre les deux lignes bleues, au centre de la patinoire. Point. Sinon, c’est quand
on veut. Et ça va très vite les changements, d’ailleurs.
Après, ça joue. Ça se patine les uns après les autres, ça se bouscule… ça se bouscule même énormément ! Et coup d’épaules par-ci, et plaquage contre la vitre par-là ( faire obstruction je
crois qu’on dit). Ce qui est interdit, ce sont les coups de bâtons ! et les coups que l’adversaire ne veut pas rendre aussi… Parce que sinon, ils se tapent très bien dessus sans problèmes en
fait. C’est très drôle d’ailleurs. Ils jettent leurs gants et hop, baston générale sur la patinoire ! Dans les ligues canadiennes et américaines, c’est presque autorisé ! Vous ne verrez
pas cela en matchs internationaux par contre. Et bien sûr, arbitres et juges interrompent la bagarre avant que ça ne dégénère en théorie. En théorie… Il y a eu une histoire assez moche ici début
avril avec le gardien des Remparts, qu’on a appelé l’affaire Jonathan Roy du nom du monsieur, gardien de l’équipe des remparts, où, au court d’une bagarre générale sur la glace, il est allé s’en
prendre au gardien adverse. Vous trouverez les détails partout sur le net, ça a fait plus de bruit que n’importe quel autre événement d’actualité majeur à l’époque… terrible, hein, le
hockey ?
Si on rentre à présent dans les subtilités, jouons au grand jeu du qui joue contre qui, dans quelles circonstances ? L’équipe des Remparts que nous sommes allés voir joue dans la LHJMQ… (la
quoi ?) Et l’équipe la plus connue au Québec, les Canadiens de Montréal, joue au niveau de la LNH…(hein ?)
Oui, il faut suivre et s’accrocher aux acronymes, mais on y arrive.
LHJMQ = Ligue de Hockey Junior Majeure du Québec, la ligue junior majeure pour faire plus court dans les discours, la LHJMQ dans les articles de journaux.
LNH = Ligue Nationale de Hockey, l’équivalent de la ligue 1 pour le foot en France, qu’on trouvera sous le sigle NHL dans sa version anglophone. Vous voulez quelques noms d’équipes ? Les
Bruins de Boston, les Pingouins de Pittsburgh, les Flyers de Philadelphie, les Canadiens de Montréal… etc. Les matchs se déroulent en série, c'est-à-dire que les équipes se rencontrent plusieurs
fois ( 7 maximum) jusqu’à ce que l’une ait quatre victoires. La LNH, ce ne sont pas uniquement des équipes canadiennes, mais aussi des équipes du Nord des Etats-Unis, Pittsburgh, Philadelphie,
Boston… Avec l’élimination des Canadiens face aux Flyers (qui sont en train de se faire battre par Pittsburgh, go boys, go !), il n’y a plus d’équipe canadienne en lice pour remporter la
coupe Stanley, une des plus prestigieuses récompenses ici au Hockey. A noter que le Canada étant très grand, on a d’abord une finale de l’Association Est – soit les équipes de l’est, tout
simplement – et une finale de l’Association Ouest, avant d’avoir une finale entre les vainqueurs de l’Est et les vainqueurs de l’Ouest.
Au niveau international, le Canada se classe très bien ! C’était les meilleurs jusqu’à hier après-midi… le Canada a perdu en finale des internationaux de Hockey qui se déroulaient à Québec
et Halifax… Contre la Russie (en plus), après avoir dominé la rencontre pendant les deux premières périodes (Tous avec moi : bouh le Russe qui a égalisé en troisième période bouh celui qui a
marqué dans les prolongations !) C’est trop injuste. Certains partisans à la fin de la rencontre voulaient prendre un russe pour taper sur un autre, selon Ingrid avec laquelle nous sommes
allés regarder le match sur les écrans géants à côté du Colisée Pepsi.
Si vous voulez briller en société au Québec, ou tout simplement ne pas être trop perdu lorsque les conversations tournent autour des joueurs de Hockey les plus connus, voici quelques noms qui
pourraient vous être utile :
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Patrick Roy, mythique gardien des Canadiens, actuel entraîneur des remparts. Lorsqu’il est apparu à l’écran hier pendant le match Canada/ Russie, tonnerre
d’applaudissement dans la salle. Visiblement, on l’aime bien celui-là !
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Cristobal Huet ! Un Français ! Il a joué avec les Canadiens de Montréal, comme gardien, et joue actuellement avec les Capitals de Washington. Il a un
succès assez conséquent, et affiche des stats assez remarquables !
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Carey Price ! C’est notre chouchou ici, avec Aurélie ( coucou à toi Aurélie, en espérant que tu suis toujours le Hockey depuis Bruxelles !) Gardien actuel
du Canadien. Celui qu’on a engueulé quand ils ont perdu… en même temps, c’est un petit jeune, alors on lui pardonne !
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Alexander Ovechkin, joueur Russe (il a marqué hier ? me souviens plus, il était là en tout cas) qui évolue au sein de la LNH avec, je crois, les Capitals. C’est
monsieur But. Il en marque plein. Tout plein. Au point de battre des records !
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Saku Koivu, le capitaine de l’équipe des Canadiens de Montréal ! Quand même, il fallait le citer !
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Alex Kovalev, un autre Russe, en général quand vous croisez quelqu’un avec un Chandail de Hockey, il y a de fortes chances pour que ce soit celui de Kovalev. Il fait
des publicités aussi ici, un peu comme nos footballeurs… Je crois qu’il joue encore pour les Canadiens de Montréal… Paraît-il il est doué !
Enfin, pour vous dire à quel point ce sport déchaîne les passions, parfois les plus incongrus, sachez que vous pouvez très bien tomber un jour par hasard dans un journal sur un article qui
s’interroge de manière très très sérieuse sur la couleur des boucliers du gardien… Le jaune attirerait l’œil du joueur et donc la rondelle plus facilement que le blanc, que l’on confond avec la
glace… Ne riez pas – ou plutôt si, riez – c’est aussi sérieux que la discussion sur les maillots du XV de France, la taille des crampons des joueurs de foot ou la forme du casque des cyclistes du
tour de France !
A Bientôt,
A.
PS : Pour encourager les Canadiens de Montréal, on dit « Go Habs ! Go ! » Pourquoi Habs ?
C’est très simple et nous remercierons Aurélie pour les explications : c’est Habs pour Habitants. D’autant que le sigle des canadiens c’est CH ( le H vaut en théorie pour Hockey, les partisans
en ont fait un Habs !) Voilà, vous savez tout. Vous pouvez désormais visiter le Canada sans craindre d’avoir l’air ridicule si on vous dit « T’as-tu écouté la game hier ? Les
Penguins sont les vainqueurs de l’Association Est, ils ont remporté la série contre les Flyers 4-1, ils se retrouvent
en finale de la coupe Stanley ! »