Dimanche 1er juin, 1h17 du matin, le 9 m², Québec.
(
Et je pique l'idée de la musique pour dire au revoir à Pauline dont j'ai beaucoup aimé la conclusion sur son blog ici. Et j'ai choisi
celle-là parce que c'est un peu la première chanson des cowboys que j'ai connu et puis... elle s'y prête non ? )
Cher tout le monde,
Les conclusions m'ont toujours donné bien plus de mal que les introductions... Pourtant, à l'heure des bilans, le plus important a été dit, fait, vécu, raconté... C'est regarder cela depuis ce
dernier jour, ces dernières heures et en tirer quelques phrases intelligentes qui demande un rien de réflexion, un peu de travail sur soi.
Mais quel bilan ? quelle conclusion ? Que puis-je écrire dans ce dernier article ? A bien des égards, il risque de me sembler pauvre. Pourtant... il faut bien conclure.
Conclure... mettre un point final ? Comment mettre un point final sur une année de vie ?
Ces derniers jours, j'ai vécu comme d'ordinaire, avec un rien de mélancolie supplémentaire qui planait comme une ombre dans les recoins de nos soirées, de nos repas, de nos éclats de rire. J'ai
relu avec un rien de sourire mes tous premiers articles, mes étonnemments des premiers jours, mes découvertes quotidiennes, devenues depuis des vérités communes. J'ai repassé en mémoire le fil de
mes rencontres, et je me suis vue là, assise au milieu de ceux qui sont devenus des amis, à vivre tout simplement ma petite vie d'étudiante étrangère, peut-être plus si étrangère que cela.
J'emporte tout cela avec moi.
J'emporte l'automne, mes premières semaines ici, ces semaines difficiles où tout un quotidien manquait, où la famille manquait, où les amis manquaient... ces premières semaines d'apprentissage
aussi, d'émerveillement nouveau, de ces dizaines de fois où un "Ils sont fous ces québécois" m'échappait.
Ils sont lointains à présent ces premiers moments. Ils semblent appartenir à une autre vie ces premiers doutes, ces premières découvertes.
J'emporte l'hiver, le long, si long hiver, ces premiers flocons, ce campus sous la neige, ce Saint-Laurent gelé.
Ce froid mordant, ces examens stressants, et ces soirées passées avec les amis, cette bataille de boule de neige devant les résidences, ces chocolats chauds du dimanche matin, ces mardis à la
patinoire...
J'emporte cette fin de premier semestre, cette envie de rentrer, et mes quelques larmes à l'aéroport de Québec au moment de décoller, de quitter pour trois semaines un endroit que j'ai aimé dès le
moment où j'y ai mis les pieds... et cette sensation alors, cette phrase qui m'est venue, ce " je ne veux même pas imaginer ce que ce sera en juin"...
J'emporte ce retour, ce sourire idiot à reconnaître des lieux devenus familiers.
J'emporte ces paysages, cette ville en couleur, en contraste, cette ville tranquille, européenne, cosmopolite, américaine, cette ville qui chante la nuit, cette ville qui vit même par moins 17 en
hiver.
J'emporte l'accent qui chante, la bonne humeur, les fêtes.
J'emporte aussi ces coups de colère, ces coups de têtes, ces humeurs, ces jours de doutes, ces soirées tristes.
Mais j'emporte les rires, les délires, nos discussions idiotes, nos discussions sérieuses, nos recettes de cuisines. La bonne humeur de Flo et ses rumeurs croustillantes, les histoires de Sandra et
sa présence constante, l'amitié de Géraldine et ses conseils rassurants...
J'emporte Paxony, les cours de Bélanger et ceux de Deriennic, la grande bibliothèque où j'ai vécu - Dieu! - des heures de recherches et de travail acharné !
Ces soirées à veiller pour finir un devoir, et celles où j'écrivais à la craie sur les tableaux des salles de travail, ce qui amusait Sandra...
Les heures perdues dans les centres commerciaux, la route pour y aller, automne, hiver, printemps... Le numéro de Domino's pizza! La Poutine chez Ashton, le macflurry oréo !
Les robes de soirées des Ailes de la mode...
Le soutien quotidien de ceux qui étaient là, de ceux qui étaient loin.
J'emporte les images de journées de voyages.
Le vieux Québec la nuit, sous la neige en hiver,
Le marché du vieux port, ses légumes, ses fromages...
Le soleil qui se couche sur le Saint-Laurent une soirée d'automne, là juste avant les grands froids.
Des souvenirs de New-York, rien qu'en fermant les yeux.
Notre première soirée dans un bar à chanson
Quelques pièces de théâtre, des morceaux de musique
Tadoussac au soleil, Toronto à l'automne
Et Québec, toujours.... Montréal aussi... mais Québec...
Les plaines d'Abraham, par tous les temps, toutes saisons,
La terrasse Dufferin, la rue Saint-Jean, la rue Saint-Louis
La place d'Youville, chère place d'Youville...
Et toutes ces petites rues, et tous ces recoins et tout ce qui fait que Québec est Québec...
Je garde tout cela, et je garde plus encore. Je garde ce que cela m'a appris.
Un point final... il n'y a pas de vrai point final. Peut-être, oui, l'année passée ici se termine. Mais tout son héritage reste. Rentrer, ce n'est pas un mot fin...
C'est juste une autre histoire pour raconter la suite.
A.